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Le blog de jefherzog

Droits d'auteur protégés

Je dédie ce texte à mon ami et néanmoins maître spirituel Jean-Claude Rémy

dont je reconnais l'influence (peut-être pernicieuse) sur ce texte à la fois quant à son fond et quant à sa forme.
Vous pouvez l'entendre avec la console virtuelle Flash ci-dessous, sinon la télécharger.








Je dois bien l'avouer : dès ma plus tendre enfance

J’ai été intrigué par cette différence :

Je possédais garçon, un curieux appendice

Que n'avaient pas mes sœurs, elles entre les cuisses,

Plutôt que chêne dur frêle brin de roseau

Maman le qualifiait de « tout petit oiseau ».


Bien loin d'être pourtant un animal volage

Il restait sagement confiné dans sa cage

Il me semblait exclu que cette bestiole

Puisse se doter d'ailes et prendre son envol.

Elle demeurait là dans son nid sagement

Prenait quelquefois l'air mais clandestinement.


Car laisser cet oiseau exposé aux regards

Était péché choquant, vice rédhibitoire.

Et il fallait cacher ses bijoux de famille

Chaque fois qu'on devait soulager sa vessie.

Refermer prestement ses boutons de braguette

On vous menait alors, monsieur, à la baguette.


Ma psyché de garçon discernait bien plutôt

Dans ce prolongement un valeureux tuyau

Avec lequel souvent son fier propriétaire

Matait des incendies et feux imaginaires.

Ou défiait crânement les plus proches copains

A qui arroserait de son jet le plus loin.


En avait-il assez de combattre les flammes?

Objet inanimé avait-il donc une âme?

En tout cas le fait est que devant la caserne

L'étendard avec gland * ne resta plus en berne.

Obéissant soudain à quelque ordre invisible

On le hissait souvent, oriflamme ostensible.


Sentinelle aux aguets cachée dans sa guérite

Que l'envie de servir et le devoir habitent,

Voilà qu'il se mettait tout seul au garde-à-vous.

Était-ce excès de zèle, vous demanderez-vous?

Souvent sur le qui-vive, là dans son échauguette

Il se manifestait sans tambour ni trompette.


Dans l'être le plus froid et le plus impassible

Se cache bien souvent une âme si sensible!

Et peut-on à jamais rester inébranlable

Il est dans l'existence choses incontournables :

Il fallut bien un jour malgré peur et tabou

Se décider à prendre tout ça par le bon bout.


Loin du consensus mou de tous ces moralistes

Tous ces pisse-vinaigre et autres conformistes

Braver les interdits en des actions nocturnes

Activer son engin pour en vider les urnes.

Avec de bons amis alors nous échangions

Les derniers résultats de nos explorations.


Ces temps heureux voyaient notre vocabulaire

S'enrichir chaque jour tantôt de mots vulgaires

Tantôt de mots savants, tantôt d'allégories

Tantôt d'associations plus ou moins réussies

Désignations diverses plus bandantes que celles

De ces cours, aujourd'hui, d'éducation sexuelle.


Pour dénommer l'objet, jour et nuit je gamberge

Depuis qu'à ce propos mon garçon m'enquiquine

Car l'épineux sujet sans cesse le turlupine

Mais chez les spécialistes les opinions divergent

Et sont souvent affaire de subjectivité :

La parfaite raison fuit toute extrémité**.


La chaussée est glissante : risque de dérapage.

Pour le fils du taxi c'était un tête à queue

Pour le fils du gendarme quelque engin belliqueux

Revolver ou matraque ou sabre d’abordage

Pour Eve ma cousine, quelque sournois reptile.

Pour mon frère un piston, pour ma sœur un pistil.


Chacun, vous le savez, voit midi à sa porte :

Le neveu du concierge y voyait une clé

Destinée à ouvrir quelque réduit secret.

Le fils cadet du peintre, une nature morte.

Il est vrai que son truc semblant souvent en panne.

Le contraignit plus tard à prendre la soutane


Le fils du boulanger y voyait une flûte

Le fils du pâtissier savoureux sucre d'orge

Ou sucette à l'anis vous fondant dans la gorge

Anatole, un gourdin, mais c'était une brute.

Le fils du tapissier un rouleau de printemps

Ma prude voisine un rat d'égout dégoutant.


Et le fils du pêcheur, un goujon qui frétille

Celui du buraliste, un havane à moustaches

Le fils du vigneron, un gros rouge qui tache

Celui du braconnier, un fameux piège à fille

Le fils de l’opticien, binoclard hypocrite,

N'y voyait rien du tout, mais il était presbyte...


Pour mon cousin germain c'était un zeppelin

Morgane, ma cousine très imaginative

Voyait dans ce machin en sa phase éruptive

La baguette magique de l'enchanteur Merlin

Ou de quelque fée dont elle prétendait

Maîtriser l'art subtil et percer les secrets.


Il était parmi nous, un certain Théodore

Un nain difforme et laid et fui des demoiselles,

Dégoûtées par ses érections pestilentielles,

Répandant à l'entour fumet de hareng saur.

Il aurait depuis lors percé en politique

Serait le président de quelque république.


Le fils du psychologue n'y voyait que des ob_

sessions assez frivoles d'adolescents en rut

Défoulements malsains, vices tous azimuts,

Mais je fais l'hypothèse qu'il était sexophobe

Pour un enfant de psy, je sais c'est regrettable***

Mais il en est aussi d’extrêmement valables.


Le neveu du curé tout à sa dévotion

Devait expier au prix de prières et cierges

Tout le temps consacré à cette sainte verge.

Obtenant de son oncle par là l'absolution.

Ce couillon, il faut dire, lui confiait à confesse

Tous ses péchés mignons et histoires de fesse.


Justin, le fils du juge nous déclarait coupables

Décrétait la saisie de l'objet du délit

Comment rester sereins en nous mettant au lit

S'il nous fallait hélas plus tard nous... mettre à table.

Nous fîmes abstraction pourtant de ses menaces

Et si l'on nous jugea, ce fut par contumace.



Mais je vais cesser là l'ignoble évocation

D'un obsédé textuel, cochon mal dégrossi

Qui a du en choquer plus d'un, plus d'une aussi

Mesdames je vous prie accordez-lui pardon,

S'il a indisposé vos si chastes oreilles

Et veuillez s’il vous plaît, lui rendre la pareille.

 


*  contrairement à celui, émasculé, de la Marseillaise qui pourtant reste lui aussi levé
** Le misanthrope, Acte I Scène 1, Molière 
** je parle sous l'autorité de Jean-Claude, cité plus haut

 




 

 

 

Published by jef herzog - chansons

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