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Le blog de jefherzog

Lessing
Lessing

Je publie ici une traduction de la parabole des trois anneaux, un extrait de la pièce de théâtre "Nathan le Sage" de l'auteur allemand du 18ème siècle Lessing qui appartient au mouvement philosophique et littéraire de l'Aufklärung, que l'on rapproche du Siècle des Lumières français.

Sommé par le sultan Saladin de lui dire quelle est des trois religions est la vraie, le juif Nathan répond indirectement à travers cette parabole.

En ces temps d'obscurantisme et de fanatisme religieux, j'ai tenu à mettre en ligne ce texte.

Il m'a inspiré cette chanson.

Nathan et Saladin

Nathan et Saladin

 

NATHAN
Il y a des années et des années de celà vivait un homme en Orient, lequel possédait un anneau d'une valeur inestimable, don d'une main chère. La pierre en était une opale, jouant de mille feux et avait la secrète vertu de rendre agréable à Dieu et aux hommes quiconque la portait animé de cette conviction. Quoi d'étonnant si l'homme en Orient ne l'ôtait jamais de son doigt, et prit la décision de la conserver éternellement au sein de sa famille? Voici ce qu'il fit: il laissa l'anneau à celui de ses fils qu'il aimait le plus, et il statua que celui-ci léguerait à son tour l'anneau à celui de ses fils qui lui serait le plus cher, et qu'à nouveau ce serait le plus cher, sans considération de naissance, qui par la simple vertu de l'anneau, deviendrait le chef, le prince de la maison. 
- Entends-moi bien, Sultan. 

SALADIN

Je t'entends. Poursuis!

NATHAN

Ainsi donc, de père en fils, cet anneau échut finalement à un père de trois fils qui tous trois lui témoignaient même obéissance, qu'il ne pouvait par conséquent s'empêcher d'aimer tous trois d'un même amour. Ce n'est que par moments que tantôt celui-ci, tantôt celui-là, tantôt le troisième – selon que chacun se trouvait seul avec lui et que les deux autres ne partageaient pas les épanchements de son cœur - lui semblait plus digne de l'anneau, qu'il eut alors la pieuse faiblesse de promettre à chacun. La situation ne dura qu'un temps. Mais la mort étant proche, le bon père tombe dans l'embarras. Cela lui coûte de léser deux de ses fils, qui se fient à sa parole. Que faire? Il dépêche secrètement chez un artisan, auprès duquel il commande deux autres anneaux sur le modèle du sien, lui enjoignant de ne ménager ni peine ni argent pour les faire de tous points semblables à celui-ci. L'artiste y parvient. Lorsqu'il apporte les anneaux au père, ce dernier est incapable de distinguer l'anneau qui a servi de modèle. Tout heureux, il convoque ses fils, chacun à part, donne à chacun à part, et son anneau, et meurt. - Tu m'écoutes bien, n'est-ce pas, Sultan?

SALADIN (qui, touché, s'est détourné de lui)

J'écoute, j'écoute! Viens-en bientôt à la fin de ton conte. Est-elle proche?

NATHAN

J'ai fini. Car la suite, désormais, se conçoit d'elle-même. À peine le père mort, chacun arrive avec son anneau, et chacun veut être le chef de la maison. On enquête, on se querelle, on s'accuse. Peine perdue: impossible de prouver quel anneau était le vrai.

(Après une pause, pendant laquelle il attend la réponse du Sultan).

Presque aussi impossible à prouver qu'aujourd'hui pour nous - la vraie foi.

/...

 

Les trois religions monothéïstes

Les trois religions monothéïstes

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